Kokokito, 2015

« J’ai ressenti le besoin de parler, et il alors il y eut Kokito. Parler, c’est parler à un mur, à moi-même, à quelqu’un·e que je connais – sans m’arrêter – ou à quelqu’un·e que je ne connais pas. Exprimer des idées est un aspect nécessaire à la création d’une performance. Bien entendu, il n’est pas nécessaire de se limiter aux pensées verbales. »

Voilà où j’en étais en 2013. Grâce à la parole, j’ai essayé de frayer une voie à travers un enchevêtrement d’idées, de concepts et d’expériences. Traiter de la langue était une possibilité pour moi de m’exprimer. C’est à cela que ça sert. Mais le langage est aussi souvent une manière de réaliser quelque chose.

Ensuite, il y eut Kokokito. C’est un mot qui pourrait symboliser le fait d’insuffler un mouvement aux pensées. Il y a bien sûr de meilleurs mots. Ça pourrait s’intituler « Flux de Conscience » ou « Rêveries Instantanées ». Le corps qui rend compte d’un processus mental. Kokokito veut probablement dire que « moins d’explication aidera ». Pourtant Kokokito veut encore essayer.

C’est comme si j’étais plus convaincant quand je raconte une histoire que quand je danse. Le seul prérequis pour transmettre du texte est que la pièce soit intelligible. Alors il sera pris au sérieux. Les gens sont censés écouter quelqu’un qui ose s’adresser à la foule. Tout comme l’intelligibilité est une conséquence logique. Les mots peuvent gagner en pouvoir lorsqu’ils sont mis en musique. Paradoxalement, la musique relativise les mots parce que leurs mélodies sonores déconnectent les mots de leur interprétation pragmatique. Les sons des mélodies libèrent le tout de la lourdeur.

Un discours politique, un cabaret, une présentation d’entreprise ou un argumentaire de vente… La transmission d’informations a toujours un code reconnaissable. En dehors des mots eux-mêmes, un·e spectateur·ice peut déduire comment interpréter ce qui est dit. Est-il possible de transmettre du texte quand la forme dans laquelle il se trouve, du stand-up au rap, en passant par des rimes sans signification, change continuellement ? Et comment la forme change-t-elle le contenu de la communication ?

Dans ce processus, je me suis baladé sur scène, en agitant mes membres. Rapidement, lentement, frénétiquement ou avec embarras. Un mouvement physique où l’esprit observe, interprète et interroge ce qui se passe. Interprétations et questions sont le résultat de mouvements, mais les déclenchent et les créent aussi progressivement. La motivation pourrait en être que je ressentais la responsabilité d’expliquer mon personnage. Je suis regardé et écouté, et il devrait probablement y

avoir une raison à cela. Pour cette raison, je pourrais penser que je suis bel et bien ce corps. Les pensées sont comme des passages à travers le corps. Ma plus grande ambition serait de danser les pensées uniquement avec des mouvements physiques. Parfois, je me sens de le faire. Mais je crains la répétition, je crains l’ennui, je crains le malentendu et j’ai peur du jugement. Peu importe à quel point je souhaite danser, quand je bouge devant un public, mon esprit remarque les peurs. Et la danse ne peut pas me libérer de ces doutes.

C’est une curiosité pour les méthodes qui permettent de transcender les disciplines qui me motive. Comme si ces disciplines étaient des occasions que je déplace en apprenant. En dehors de la question de savoir si ça peut être défini comme de la danse ou non, il y a aussi l’expérience à l’intérieur du corps pendant qu’il bouge. Pas une seule des définitions de la danse ne remplit le potentiel de transformation que porte le corps dansant. Il s’agit d’une délibération active, qui soulève le doute de votre tête et le rend tangible.

Conçu avec le soutien de Bâtard Festival et Campo.
Tournée: Campo
Dramaturgie: Dries Douibi
Conseils: Pamina de Coulon, David Weber-Krebs
Merci: Kunstenwerkplaats Pianofabriek

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